Le Lavoir

                     

Témoin silencieux d'un progrès lointain, il se trouve au bas du pays au bord de la route le long du « fluzet ». Les ancêtres de la mère Denis s'y rendaient, la lessiveuse chargée sur une brouette, les bras pleins d'énergie et la langue prête aux commentaires. 

La première construction remonte à 1825. Il s'agissait d'un simple bassin maçonné avec une bordure en pierres taillées, à quelques mètres du Meuzin, le tout à ciel ouvert. Situé loin du pays, non couvert, sans abri à proximité, accessible au bétail car non clôturé, il était peu fréquenté. Il fallut attendre 1867 pour que les autorités décident de remédier à ces inconvénients. Le lavoir fut alors couvert (charpente en sapin, tuile de Verdun sur latte en coeur de chêne), fermé par trois murs plein en pierre, coté ouvert au levant supporté par 5 colonnes en fonte avec une entrée à chaque extrémité desservie par un escalier. Le pignon nord comportait une cheminée, le pignon sud une grande ouverture en pierre taillée fermée par un briquetage. Le bassin fut conservé tel quel, seuls les canaux d'amenée et de sortie d'eau ont été dallés. L'outil de travail de nos lavandières s'étant considérablement amélioré, il y eu affluence.

En 1901 le canal d'amenée fut remplacé par un conduit en pot de grés avec clapet automatique à l'entrée du basin. Malheureusement le Meuzin tout proche grignotait consciencieusement le chemin longeant le lavoir. En 1913 un mur de soutènement a été construit le long de Ia rivière avec un escalier au centre.

L'année 1935 vit l'aménagement d'un coin toilette à l'intérieur du bâtiment et d'un petit local à l'extérieur contre le pignon sud pour accueillir chemineaux et vagabonds. Le lavoir fut fréquenté jusqu'aux années 50, puis l’eau sous pression équipa peu à peu les maisons de Corberon et le bâtiment tomba lentement dans l'oubli. Les crues régulières du Meuzin comblèrent doucement Ie bassin ; pendant quelques temps un brocanteur local en fit un lieu d'exposition, les jeunes s’en servirent comme salle de boum, puis les ronces et les orties prirent possession des lieux.

Au début des années 90, le comité des fêtes, qui était à la recherche d’un local pour entreposer son gros matériel proposa à la municipalité de louer le bâtiment en échange de sa restauration, et de son entretien. Après défrichage des abords, curage et remblaiement du bassin (conservé dans son état d'origine) avec du gravier, construction d’un mur pour soutenir la charpente au nord, une porte a été percée coté pré et la façade coté village fermée à l'aide de matériaux translucides. Grâce à cela le bâtiment a été le théâtre de nombreuses festivités et reste un lieu privilégié pour des activités champêtres. La municipalité a décidé de louer également le bâtiment aux autres associations et aux habitants de Corberon.